Au courant du mois de décembre 2025, le MNAHA a été contacté par Mme Florence Laurent qui voulait offrir au musée une oeuvre qu’elle venait de récupérer dans une maison qu’elle avait aidé à vider. Les photos jointes montraient une très belle aquarelle d’Auguste van Werveke de la ville de Luxembourg, datée de 1916.
Or, après une recherche dans notre base de données, il s’est avéré que cette oeuvre appartenait déjà au musée où elle avait été photographiée en 1941 – le cadre était même encore identique à celui photographié en 1941 ! Depuis cette date, nous ne savons cependant pas où l’oeuvre se trouvait, notre inventaire renseignant que l’aquarelle était à un « emplacement inconnu » depuis plusieurs décennies.
Suite à ces informations, Mme Laurent a ramené directement et gratuitement l’oeuvre au Nationalmusée um Fëschmaart afin qu’elle puisse réintégrer les collections nationales. Nous remercions très chaleureusement Mme Laurent de sa trouvaille et de son intérêt pour la préservation de ce patrimoine artistique ainsi que pour son honnêteté.
Photographie prise en 1941 (photo Jean-Pierre Helminger, archives iconographiques MNAHA, nr. nég. 603 nr. pos. 4786)
Une œuvre au parcours mouvementé
Œuvre très décorative, l’aquarelle de van Werveke avait probablement été prêtée à un fonctionnaire de l’État pour décorer son bureau – comme cela était souvent le cas dans les années d’après-guerre où des oeuvres du musée ornaient les bureaux des ministères. Nous savons par ailleurs que certains fonctionnaires partant à la retraite emportaient la décoration de leur bureau. Cette pratique a heureusement disparu depuis plusieurs décennies et désormais le MNAHA traque à la trace ses oeuvres en prêt, notamment dans les administrations.
En fait, il n’était pas si simple de savoir que l’aquarelle en question appartenait au musée, même si un regard averti aurait vu à l’arrière dans le cadre une marque au fer rouge, un peu cachée, « Mus. Hist. ». Le revers du tableau était cependant recouvert pratiquement entièrement par un papier brun. Lorsque nos restauratrices ont enlevé cette feuille, d’autres marques de propriété de l’État sont apparues : une seconde marque au fer « Mus. Hist. Lux ! » et un tampon bleu rond « Staatshochbauverwaltung Luxemburg » (l’actuelle Administration des Bâtiments publics), indiquant qu’il s’agit d’une oeuvre qui se trouvait dans les bureaux de cette administration en 1941 avant d’être transférée au Musée sous l’occupation allemande.
Marques au dos de l’oeuvre qui étaient recouvertes, © Francesca Vantellini / MNAHA
Une pièce chargée d'histoire
L’État a acheté l’aquarelle en 1916 au Salon du Cercle artistique (CAL). Depuis 1911, l’État acquérait en effet chaque année plusieurs oeuvres au Salon, à la fois pour soutenir les artistes, pour décorer ses bureaux et aussi, un peu, en vue de constituer un jour un musée des Beaux-Arts qui n’existait pas encore. En juin 1916, la commission d’achat de l’État, composée du Directeur général (c’est-à-dire du ministre) de l’Intérieur Léon Moutrier, du directeur de l’École d’Artisans Antoine Hirsch et du peintre Ferdinand d’Huart, avait choisi l’oeuvre d’Auguste van Werveke Luxembourg vue à vol d’oiseau avec onze autres peintures qui se trouvent aujourd’hui encore dans les collections nationales.
Si la commission d’achat de 1916 jeta son dévolu sur l’aquarelle de van Werveke, c’est peut-être parce qu’elle avait déjà été exposée quelques semaines auparavant dans la vitrine de l’encadreur Wierschem attirant l’attention de la presse qui y voyait la toute première représentation à vol d’oiseau de la ville de Luxembourg, à une époque où la photographie aérienne était encore balbutiante. Cet intérêt se manifeste toujours à travers une estampe coloriée représentant la ville de Luxembourg en 1915 et qui a été publiée en 1919 avec une vue légèrement différente, mais très proche, de l’aquarelle – dont un exemplaire se trouve dans la collection du MNAHA.
L’aquarelle originale de 1916 est également liée à un personnage important de l’histoire luxembourgeoise. Elle était en effet accrochée (selon nos inventaires) entre 1918 et 1921 dans le bureau du Directeur général (ministre) de la Justice et des Travaux publics Auguste Liesch (1874-1949) puis dans son bureau de directeur des Douanes de 1921 à 1932. Auguste Liesch est l’auteur du conte Maus Ketti, publié en 1936.
C’est donc par un heureux hasard et grâce à l’honnête quête du patrimoine de Mme Florence Laurent que le MNAHA a aujourd’hui pu récupérer une oeuvre historique qui permet de raconter de nombreuses histoires !
Texte : Régis Moes (Directeur adjoint) - Images : Tom Lucas / MNAHA, Francesca Vantellini / MNAHA, Jean-Pierre Helminger
Source : MuseoMag N° II - 2026
Marques au dos de loeuvre qui etaient recouvertes, © Francesca Vantellini / MNAHA