Saviez-vous qu’il existe une encyclopédie colossale et unique sur l’histoire de l’art luxembourgeois ? Eh oui ! Monsieur Lambert Herr, un ancien graphiste du Luxemburger Wort, éplucha des revues et des journaux tout au long de sa carrière et découpa les articles touchant à l’histoire de l’art du Grand-Duché.
Il plaça les coupures dans des classeurs organisés par ordre alphabétique. Ces derniers furent reliés pour constituer une collection de 336 volumes.
Monsieur Lambert Herr, © eric chenal
Un projet peut en cacher un autre
Si ce projet vous dit quelque chose, c’est parce que les pages du MuseoMag vous révèlent petit à petit le destin des archives Herr. En effet, ces archives sont une source essentielle pour les historien·ne·s de l’art du MNAHA et alimentent des projets d’envergure. Par exemple, l’équipe du Lëtzebuerger Konschtarchiv s’en sert pour étoffer le Konschtlexikon. D’ailleurs, dans le deuxième numéro du MuseoMag de 2022, un article annonçant la mise en ligne de konschtlexikon.lu parle des riches archives Herr comme étant une des « bases pour les recherches biographiques ».
Le premier MuseoMag de 2024 révèle que la numérisation des archives se fait progressivement par Autisme Luxembourg a.s.b.l. Cet atelier protégé travailla sans relâche pendant de nombreux mois pour que finalement l’année 2025 marque l’aboutissement de ce travail de longue haleine. Des centaines de volumes ont été scannés, et ce non sans peine.
La machine Quartz, un des deux scanners utilisés par Autisme Luxembourg a.s.b.l. pour le projet, © Autisme Luxembourg a.s.b.l.
Toute une histoire
En 2020, le MNAHA fait une demande hors du commun à Autisme Luxembourg. Le musée demande à l’a.s.b.l. de numériser les 336 volumes Herr. Ce n’est pas une mince affaire. Il s’agit de volumes ayant, pour certains, plus de 320 pages. De plus, ils contiennent des coupures de journaux pliées et des enveloppes dans lesquelles se trouvent des invitations ou autres documents. Chaque page doit être inspectée pour ne pas oublier de scanner un trésor caché entre les plis. Par ailleurs, les coupures dépliées peuvent avoir une taille supérieure à une page A3. Il faut donc un scanner assez grand pour le projet. Fort heureusement, Autisme Luxembourg accepte le défi.
Les classeurs sont emballés en lot de 20 à 30 volumes dans les archives du MNAHA. Ils sont livrés en main propre aux ateliers d’Autisme à Useldange et scannés méticuleusement. Dans certains cas, une seule page demande plusieurs prises de vue différentes pour capturer, par exemple, toutes les pages d’un prospectus déplié progressivement. Au bout de quelques semaines, les 20 à 30 volumes sont renvoyés au musée. Les scans sont ensuite passés en revue : chaque page des volumes physiques est comparée aux scans. Si une coupure n’a malencontreusement pas été dépliée et scannée, l’erreur est documentée et le volume est mis de côté pour qu’une correction soit faite.
Le scanner V-Shape à l’atelier d’Autisme Luxembourg a.s.b.l.,
© Autisme Luxembourg a.s.b.l.
Une nouvelle ère pour les archives Herr
Au bout de quatre ans de travail, l’entièreté de la collection Herr est numérisée. Les volumes sont maintenant tous accessibles en permanence aux chercheurs du MNAHA, peu importe leur lieu de travail. Non seulement cela représente un gain de temps considérable par rapport à une consultation sur place, mais la numérisation des volumes réduira grandement la fréquence à laquelle ces ouvrages seront manipulés. Cela évitera une usure trop rapide du papier et du revêtement fragile utilisé pour la reliure. De ce fait, les archives Herr seront mieux conservées. Elles resteront dans les collections du MNAHA en témoignage de l’enthousiasme irréfutable de Lambert Herr pour une tranche de l’histoire de l’art qui avait jusque-là été quelque peu sous-estimée.
Texte : Marie van Boxel (Numérisation, bibliothèque et archives) - Images : Eric Chenal, Autisme Luxembourg a.s.b.l.
Source : MuseoMag N° II – 2026